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06/11/2008

Débat obésité

Rendez-vous

La réunion "Obésité de l'enfant" du 13 juin 2008 a été un succès. En voici le compte-rendu... 

Compte-rendu de la réunion sur le thème "Obésité de l'enfant" du 13 juin 2008, avec le Dr Jean-Michel Borys, nutritionniste et le Pr Patrick Tounian, pédiatre.

 

Les chiffres

Génétique ou environnement?

La piste de l'épigénétique

La prévention

Cette réunion "opposait" deux spécialistes : le Dr Jean-Michel Borys, nutritionniste, à la base du projet EPODE et le Pr Patrick Tounian, pédiatre et auteur du livre "Obésité infantile, on fait fausse route", édité chez Bayard.

Les chiffres


Des études menées avec des méthodologies différentes montrent une l'augmentation spectaculaire du nombre d'enfants obèses ou en surpoids.

En 1965: 3% des enfants sont concernés
En 1990: 8,5 à 10%
En 1995: 12 à 14% selon les études
Entre 2000 et 2004: 18,8%

Un chiffre qui se stabilise depuis avec toutefois de fortes disparités entre les niveaux socio-économiques, les chiffres continuant à augmenter dans les milieux défavorisés.

 

Génétique ou environnement ?

 

Patrick  Tounian

Citant une étude menée aux USA qui montre que l'obésité stagne entre 1999 et 2006, le Pr Tounian estime que cette stagnation permet d'étayer la thèse de l'origine génétique de l'obésité de l'enfant. Selon lui, si la cause était environnementale, le nombre d'enfants obèses ne cesserait d'augmenter. L'environnement "obésogène" dans lequel nous vivons TOUS n'est là que pour révéler la prédisposition génétique sous-jacente. Et d'ajouter: 75% des enfants pourraient manger absolument ce qu'ils veulent sans jamais grossir.

Jean-Michel Borys 

"Oui, MAIS". Il se dit d'accord avec l'origine génétique - il cite d'ailleurs l'exemple des populations mauriciennes, pêcheurs et mangeurs de riz et de poissons, qui, arrivés en France, prennent 5 kilos à 10 kilos en cinq ans - en revanche, il pense que ce déterminisme génétique concerne beaucoup de monde, la quasi-totalité de la population des pays émergents, par exemple. Pour lui, ces populations ont subi des privations pendant des millénaires et seuls ont survécu les plus robustes, ceux qui ont des capacités de stocker. Ce qui explique, selon lui, que tous les présidents de républiques africaines soient obèses et diabétiques.
Mais il pense que cette tendance existe aussi dans les pays européens. Ce que confirment les résultats de l'enquête Mona Lisa qui montrent que 2/3 des adultes sont en surpoids.

Selon les résultats de Fleurbaix-Laventie II, ville pilote du programme EPODE, toutes les périodes ne contribuent pas de façon identique au développement de la masse grasse à l'adolescence. Deux périodes semblent cruciales : les premiers mois de vie, puis après 3 ans.
Pour autant, la fatalité n'existe pas dans ce domaine. Toujours selon les résultats de Fleurbaix-Laventie, quand un parent est obèse, l'enfant a quatre fois plus de risques de l'être. S'il a deux parents obèses, il a huit fois plus de risques. Mais SI L'ACTIVITE PHYSIQUE est suffisante, l'enfant est de poids normal.

La piste de l'épigénétique

 

L'épigénétique est une modification de l'expression des gènes par des facteurs environnementaux. L'environnement agit « sur » les gènes et non pas « dans » les gènes.
Rien n'a été démontré chez l'homme, mais plusieurs hypothèses sont avancées:
-l'environnement nutritionnel in utero
-le tabagisme
-le diabète gestationnel
-l'allaitement, l'apport en protéines, en acides oméga 6...

Chez le rat: Jean Michel Borys cite les travaux de Philippe Froguel, génétique de l'obésité, et d'Arnold Munnich et Stanislas Lyonnet
- ces équipes ont montré qu'en modifiant l'alimentation de la rate en gestation, on modifie le risque d'obésité chez le raton et sa descendance, l'effet s'amoindrissant de génération en génération.
Par ailleurs, l'équipe de Luc Mejean (Inserm) s'intéresse à l'influence de facteurs environnementaux sur le développement du foetus. Certains facteurs de pollution, notamment les phtalates, bloquent la lipolyse, c'est-à-dire la dégradation des graisses, qui restent stockées.

Et la prévention ?


Jean-Michel Borys part du postulat suivant: en jouant sur la norme sociale, on peut avoir une modification des comportements. C'est le pari d'EPODE: Ensemble, Prévenons l'Obésité Des Enfants.

L'expérience lancée en 1992 à Fleurbaix-Laventie est concluante. Selon des résultats encore "confidentiels" le nombre d'enfants obèses ou en surpoids aurait diminué de 10 à 15% dans les 167 villes pilotes. Les résultats seront publiés en 2009 par une équipe britannique indépendante dirigée par Carolyn Summerbell.

Patrick Tounian est très critique vis à vis d'EPODE. Il donne  trois raisons essentielles:
1/ La métanalyse de 22 études de prévention de l'obésité chez les enfants n'a donné pratiquement aucun résultat. Et pour un coût colossal. Seuls quelques résultats sont statistiquement significatifs (0,1% d'IMC en moins), mais cliniquement "ridicules".
2/ Généraliser la prévention stigmatise les enfants obèses et risque d'augmenter la discrimination déjà importante dont ils sont victimes.
3/ Le fait de mettre tout le monde dans le même sac peut provoquer des troubles du comportement alimentaire chez des enfants sans risques et inquiétés à tort

Pour lui, si les milieux défavorisés sont plus touchés, c'est dû à la stigmatisation des obèses qui les pousse vers la précarité: résultats scolaires médiocres, difficultés à l'embauche... Et non pas l'inverse.

Ses solutions:
 Une action ciblée sur les enfants à risque qui passe exclusivement par les parents :
- chez les enfants ayant un rebond d'adiposité précoce (mesure IMC)
- chez ceux dont un ou deux parents sont obèses.

Jean-Michel Borys répond :
 1/ Que personne ne sait ce que l'abréviation EPODE signifie. C'est une marque qui ne désigne pour personne les enfants obèses. Donc pas de stigmatisation.
2/ Qu'il existe ou non une prédisposition génétique, ce programme peut avoir des bénéfices en terme de prévention des maladies cardio-vasculaires, du cancer, du diabète et de l'obésité chez tout le monde. Chez les gens qui mangent 400 g/j de fruits et légumes, on diminue le nombre de maladies cardio-vasculaires et de certains cancers.
3/ Prendre l'obésité de l'enfant n'est qu'un prétexte pour éduquer toute la population.

En pratique, les villes EPODE mettent en place des actions. Prenons l'exemple des fruits.
- le message est passé à l'école par le biais des enseignants, à la cantine...
- le producteur peut avoir fourni les fruits avec lesquels l'enfant repart chez lui

L'action EPODE concerne la famille dans son ensemble, les parents vont être touchés sur leur lieu de travail, dans les supermarchés, chez les commerçants, les associations culturelles et sportives, les médias locaux et les professionnels de santé locaux.

 

Compte-rendu rédigé par Florence Sebaoun

 

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